La meunerie française peut-elle tenir le cap ?
Soumise à une concurrence internationale toujours plus pressante et pâtissant d’une compétitivité dégradée, la meunerie française redouble d’efforts pour résister et défendre sa culture de la qualité et du savoir-faire… tout en accélérant ses transformations, à la faveur d’une nouvelle phase de concentration.
Désormais, 11% de la farine consommée en France est d’origine étrangère. Allemagne, Ukraine ou encore Turquie, les concurrents des meuniers français parviennent à séduire grâce à des tarifs attractifs, recherchés par les géants de la grande distribution pour approvisionner leurs rayons. « La filière blé-farine-pain est une filière sûre et de qualité, qui porte le savoir-faire de tous les acteurs. Ne l’oublions pas face à cette concurrence accrue. La reconquête de notre compétitivité est essentielle. Elle passe par une énergie électrique accessible, un arrêt de l’inflation réglementaire, une simplification des démarches administratives qui pèsent sur les entreprises qui souhaitent investir et se développer ; et un accompagnement des entreprises qui exportent et s’engagent dans la décarbonation » rappelle Jean-François Loiseau, Président de l’Association Nationale de la Meunerie Française (ANMF). Face à ce constat, et à l’absence d’action publique notable pour l’heure sur le sujet, le marché organise sa propre mue.
Acquisitions en cours et à venir
Les difficultés financières de plusieurs entreprises de meunerie, autant que le départ à la retraite d’une génération entière de dirigeants, dessine une dynamique de concentration. La meunerie « familiale » - des acteurs bien ancrés dans leur territoire, voire sur plusieurs, et possédant de solides outils de production - compte bien participer à cette nouvelle phase. Thomas Maurey, à la tête des Moulins Familiaux (Moulins de Chars, Moulins de Chérisy, Moulins de Brasseuil, Moulin Paul Dupuis) a ainsi fait l’acquisition début 2026 du Moulin d’Auguste, situé au Andelys (27). De quoi renforcer la présence de l’entreprise en Normandie. Le rapprochement initié entre les coopératives agricoles, autant que la volonté de certaines de se dégager des activités de transformation, va également contribuer à faire évoluer le paysage. Dans les prochains mois, Agrial et Terrena (qui compte dans son portefeuille l’activité Terrena Meunerie, bien implantée dans l’Ouest de la France) devraient s’unir… et d’autres projets pourraient bien voir le jour prochainement. Aux yeux de certains acteurs du marché, la présence de tels acteurs, dont l’activité meunerie est parfois structurellement déficitaire mais maintenue à flots grâce à la diversité des activités de ces groupes, constituerait une concurrence déloyale… et contribuerait aux difficultés que peuvent rencontrer les entreprises indépendantes. Des difficultés qui pourraient être renforcées par l’arrivée pressentie d’acteurs étrangers au sein même du territoire français.