El Niño : quelles conséquences pour la filière cacao ?
Le scénario d'un phénomène El Niño particulièrement puissant entre novembre et janvier ne cesse de se préciser, ce qui engendrerait d'importantes perturbations pour les producteurs de cacao. Le marché se prépare dès à présent à ces conditions potentiellement défavorables.
Un "Super El Niño". C'est ainsi que les météorologues nomment le phénomène qui serait d'ores et déjà en cours de formation au sein du Pacifique équatorial. Selon les dernières estimations du Climate Prediction Center de l'agence américaine National Oceanic and Atmospheric Administration Home (NOAA), le risque de voir apparaître entre novembre 2026 et janvier 2027 un épisode particulièrement virulent de ce phénomène, désormais bien connu, atteint 63%. La hausse de la température de surface de l'océan dans la région précédemment citée modifie la modifie la circulation atmosphérique, ce qui a un impact mondial sur la météo. Non seulement les températures sont plus élevées que la normale - la variation pourrait atteindre cette fois + 5°C, du jamais vu depuis 1950 ! -, mais les épisodes météorologiques intenses et potentiellement dangereux se multiplient dans ce contexte (à l'image de fortes pluies, à même de dévaster des plantations et donc des récoltes). Lors de l'épisode El Niño observé entre 2015 et 2016, 60 millions de personnes avaient été directement affectées, nécessitant un fort afflux d'aide humanitaire.
Le douloureux précédent de la campagne 2023-2024
En plus d'affecter la vie des populations en proie directe au phénomène, les conséquences sur le cours des matières premières agricoles sont également aussi fortes que problématiques. Pour la filière cacao, un tel enchainement de conditions défavorables, malgré la solidité de la récolte engrangée cette année, est particulièrement inquiétant. L'Afrique de l'Ouest avait connu entre 2023 et 2024 de fortes pluies, créant un environnement favorable au développement de maladies, avant que la chaleur et la sécheresse ne viennent engendrer la chute des fleurs chez de nombreux producteurs. Un schéma proche pourrait se reproduire du fait du phénomène El Niño.
Des marchés en effervescence
Sur la base des dernières prévisions, les opérateurs du marché mondial du cacao ont d'ores et déjà débuté leurs manoeuvres. Les cours de la fève ont renoué avec les hausses, atteignant début juillet le seuil de 5 000 dollars la tonne, après avoir chuté sous les 3 000 dollars au printemps. Même si nous demeurons bien loin des 13 000 dollars observés au coeur de la crise de 2023 - 2024, ce frémissement ne doit rien au hasard. De plus, certains indicateurs laissent à penser que les rendements seraient décevants en Côte d’Ivoire (avec un potentiel atteignant 1,8 million de tonnes, contre 2,2 millions de tonnes pour la campagne précédente), du fait d'un faible développement des cabosses. Les prochaines semaines seront donc déterminantes, à la fois pour observer l'évolution des cultures et des conditions climatiques, mais également l'attitude des investisseurs. Ces derniers doivent en effet composer avec une demande en recul suite à l'explosion des prix du chocolat, alors même que l'offre disponible s'est sensiblement redressée, ce qui pourrait enrayer la dynamique de hausse.