Investissement, compétitivité, transmission... la meunerie française poursuit ses grands chantiers
Bousculés mais combattifs, les meuniers français se sont récemment rassemblés, aux côtés de leurs confrères du continent, à Marseille à l'occasion du Congrès Européen de la Meunerie. L'occasion pour eux de faire un point sur les défis autant que les perspectives de leur filière, qui doivent faire face à des enjeux aussi bien économiques, environnementaux ou encore concurrentiels.
300 participants avaient fait le déplacement à Marseille pour le Congrès Européen de la Meunerie. L'occasion de revenir sur les sujets rassemblant les meuniers des différents pays... mais également d'évoquer ce qui peut parfois les séparer. Depuis l'an dernier, l'Association Nationale de la Meunerie Française (ANMF) alerte sur l'augmentation rapide des importations de farine à partir de 2018 (avec une progression de 50 % en deux ans, pour atteindre 11 % de la consommation nationale), provenant en grande majorité d'Allemagne. Selon l'organisation représentative, qui a mené une étude détaillée de compétitivité de ses voisins germaniques en collaboration avec Intercéréales, il est désormais urgent de mettre en oeuvre plusieurs évolutions réglementaires ainsi qu'une logique d'accompagnement poussée de la part des pouvoirs publics auprès du secteur. Cet enjeu de souveraineté alimentaire semble désormais être pris à bras le corps par le gouvernement, comme l'a témoigné Annie Genevard, Ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, lors du lancement des Conférences de la souveraineté alimentaire en décembre dernier : "Je ne peux pas me résoudre au fait que 10 % de notre farine soit aujourd'hui importée".
A l'occasion de ces groupes de travail, l'ANMF a pu exposer ses propositions. Accès à une électricité compétitive, politique de soutien à l’investissement avec l’instauration d’une mesure de suramortissement, allègement des procédures administratives, soutien à la maîtrise de la qualité sanitaire (ergot, tri, impuretés) avec un plan de soutien à la modernisation des équipements des acteurs de la filière, formation technique adaptée : autant de points qui devraient continuer d'animer les débats dans les mois et années à venir. "La filière blé farine pain est une filière sûre et de qualité, qui porte le savoir-faire de tous les acteurs. Ne l’oublions pas face à cette concurrence accrue. La reconquête de notre compétitivité est essentielle. [...] Les conférences de la souveraineté doivent être l’occasion de libérer les énergies", a rappelé Jean-François Loiseau. L'objectif serait notamment de permettre aux entreprises de meunerie d'accéder plus facilement aux différents dispositifs d'aide à l'investissement, dont les seuils et conditions sont encore trop souvent peu adaptés à leurs spécificités.
Reprendre des positions à l'export
Si la demande intérieure est un sujet stratégique pour la filière, valoriser le savoir-faire bleu-blanc-rouge à l'international l'est tout autant. Pendant des décennies, la farine française a été massivement exportée vers l'Afrique. Depuis, l'activité de mouture s'est développée au sein du continent, ce qui a poussé une réorientation de l'activité export vers des marchés plus valorisés. Le savoir-faire meunier autant que les terroirs présents dans l'Hexagone trouvent un écho dans des régions du monde où la gastronomie tricolore est fortement appréciée, avec des ambassadeurs que sont des chefs expatriés en Asie, en Australie, au Brésil et bien d'autres régions. L'ANMF réaffirme le souhait de voir ses membres briller sur ce segment haut de gamme et les accompagne au travers de la découverte des outils mis au point par Business France ou en soutien dans les procédures de renouvellement des agréments d’exportation de farine en Chine.
La sécurité alimentaire, un enjeu prégnant
Les métiers de l'alimentation sont soumis à de fortes responsabilités et à des normes devant permettre de hautes garanties de préservation de la santé humaine. Pleinement mobilisée sur ces enjeux sanitaires, l'ANMF a lancé en juillet 2024 le Plan de Surveillance Meunerie “Contrôle F”, qui rassemble les résultats des analyses sanitaires (mycotoxines, micro-biologie, allergènes, métaux lourds et produits phytosanitaires) de ses adhérents. La première campagne a rassemblé 67 entreprises, soit 79 % des volumes de farines. De nouvelles adhésions sont annoncées pour la moisson à venir. Un panel qui permet de dresser un fidèle portrait de la réalité du terrain et défendre la meunerie dans le cadre des évolutions réglementaires. Contrôle F confirme en effet le sujet prégnant du développement des alcaloïdes de l'ergot dans les grains analysés, du fait des difficultés de désherbage dans les champs, du changement de pratiques agricoles mais aussi en conséquence du dérèglement climatique. Alors que le seuil réglementaire sur la teneur en alcaloïdes sur farine est de 100µg/kg au sein de l'Union Européenne, la commission a annoncé son souhait de voir cette limite abaissée à 50µg/kg en 2028. Inenvisageable pour les meuniers français et Intercéréales, qui ont rassemblé une Task Force pour tenter d'influer sur les prises de décisions politiques : la moyenne se situait à 77 µg/kg d’alcaloïdes d’ergot sur 693 résultats d’analyses pour la campagne 2024-2025, et atteint 68 µg/kg sur la base de résultats partiels pour 2025-2026. En parallèle de la sensibilisation des organes de l'Union, les meuniers travaillent avec les semenciers et des agences publiques telles qu'Arvalis afin de mieux comprendre les leviers d'action tout au long du chemin allant du grain à la farine... en plus de chercher à accélérer les investissements (notamment au travers d'une potentielle aide d'Etat) dans le triage optique des céréales, qui permet de réduire les risques.
Transmettre les entreprises pour pérenniser l'ancrage territorial
66% des dirigeants d'entreprise de meunerie sont aujourd'hui âgés de 50 ans et plus, et près d'un tiers (35%) sera amené à prendre sa retraite dans les 5 prochaines années. La transmission de ces structures devient donc un enjeu majeur, alors même que la rentabilité de la filière s'est dégradée du fait de l'explosion des charges (coût matière, énergie, masse salariale). Ces opérations devront attirer des entrepreneurs maîtrisant les problématiques du métier, et à même de rassurer des partenaires bancaires potentiellement frileux face à cette situation. Un effort potentiellement lourd mais nécessaire pour préserver la présence de la meunerie dans les territoires.