La farine, un ingrédient désormais au coeur du scandale des pizzas contaminées Buitoni
La farine peut-elle contenir la bactérie E.coli STEC ? Cette question est désormais au centre d'une bataille judiciaire entre le géant de l'agro-alimentaire Nestlé et son ancien meunier. En 2022, l'entreprise suisse avait été mise en cause dans une affaire de pizzas contaminées, fabriquées sous la marque Buitoni, et cherche aujourd'hui à démontrer la responsabilité de ses fournisseurs dans le déclenchement du scandale.
Deux enfants morts, une cinquantaine de personnes touchées par un syndrome hémolytique et urémique. Le bilan de l'affaire Buitoni, mise au jour il y a quatre ans à la suite de la commercialisation de pizzas Fraich'Up contenant la bactérie E.coli STEC, est lourd. Aujourd'hui, l'usine de Caudry (59), au coeur du scandale, a changé de mains : c'est désormais l'entreprise Italpizza qui l'exploite. A la suite de la mise en cause du site et de ses produits, la production et les ventes s'étaient effondrés. En plus de l'atteinte à la santé de dizaines de consommateurs, l'état de l'outil de travail avait été pointé du doigt au travers de plusieurs contenus photographiques et vidéos diffusés par d'anciens salariés, dénonçant le manque d'entretien et de nettoyage des lignes de production. La cession de l'usine par le groupe suisse Nestlé n'a pas arrêté les poursuites. Dans le cadre de la procédure - toujours en cours -, la multinationale a mené ses investigations et aurait identifié le coupable : la farine.
Une filière mobilisée pour démontrer la sécurité alimentaire de ses produits
Dans un récent article de presse publié dans La Voix du Nord, un représentant du groupe a en effet pointé du doigt son ancien fournisseur, l'entreprise Les Moulins Familiaux, qui compte plusieurs sites de production dans le Val d'Oise, l'Eure -et-Loir, les Yvelines et la Seine-Maritime. "Nous fournissions l'usine de Caudry depuis 1990", confirme Thomas Maurey, dirigeant de l'entreprise familiale. Selon Nestlé, des farines contaminées par la bactérie E. Coli STEC auraient été livrées fin 2021 par le meunier. "L'enquête est toujours en cours, et nous avons été placés sous le statut de témoin assisté. La suspicion autour de la farine s'est en effet dessinée pendant la procédure, alors même que cela n'avait été jamais identifié comme un facteur de risque sur notre territoire", ajoute le chef d'entreprise. Jusqu'alors, les matières premières fabriquées dans les moulins français ne faisaient donc pas l'objet d'analyses sur ce point. Dès 2022, suite au scandale Buitoni, Les Moulins Familiaux et la filière se sont rapidement mobilisés pour changer cet état de fait. Des dizaines de lots ont été testés pour vérifier la présence, ou non, de l'agent pathogène. Aucun produit n'a été relevé comme étant positif, à la fois dans les sites appartenant à l'entreprise familiale qu'au sein de divers autres meuniers du pays. L'Association Nationale de la Meunerie Française a mis en place de nouvelles recommandations, en lien avec ses membres, pour prendre en compte cette problématique qui pourrait devenir un douloureux précédent.
La relation entre meuniers et industriels en question
Un tel épisode met en lumière les rapports complexes qu'entretiennent les acteurs de la première et de la seconde transformation. S'ils sont interdépendants, la qualité de la farine étant primordiale pour préparer des pains, viennoiseries ou pizzas répondant aux attentes des consommateurs, les fournisseurs de l'amont peuvent rapidement devenir de véritables fusibles dans le cadre d'un scandale sanitaire tel que celui évoqué ici. Une telle mise en cause, réalisée par un groupe d'envergure mondiale, pourrait avoir des conséquences majeures pour une entreprise indépendante du fait de la diffusion rapide des informations au travers des médias numériques et réseaux sociaux... ce qui est particulièrement inquiétant compte tenu de la situation, déjà complexe, de la meunerie française.