La boulangerie pour préparer le retour à la liberté
La Ferme Emmaüs de Maisoncelle (Vienne) développe depuis 2023 un projet permettant à des hommes ayant un reliquat de peine carcérale à effectuer de bénéficier d’un cadre associant travail et vie en collectivité. Cette première étape vers le retour à la liberté s’articule autour de plusieurs activités, dont le maraîchage biologique, et très prochainement la boulangerie. Une initiative qui vient enrichir une offrir naissante pour faire des métiers du pain un levier de réinsertion.
Le travail des mains libère l’esprit. Cette affirmation trouve une symbolique toute particulière dans le cadre d’une dynamique de réinsertion à la vie en société. C’est dans cet esprit que la communauté Emmaüs de Maisoncelle (Vienne), située au coeur au cœur de la campagne du pays Mélusin, a aménagé 3 fermes et bâtiments annexes, sur une superficie totale d’environ 2 hectares, afin d’accueillir une douzaine de résidents à terme. Chambre individuelle, vie collective, activités diverses… en plus du travail proposé, le cadre offert aux individus accueillis a été particulièrement soigné. L’objectif : accompagner des hommes condamnés à des peines de moins de trois ans, et ayant un reliquat de peine à réaliser (de l’ordre de 9 à 18 mois), dans leur retour à la liberté. Après un processus précis, mené avec le personnel de l’administration pénitentiaire et sur initiative du détenu, l’aménagement de peine permet d’accéder au lieu dans le cadre d’un contrat de travail en insertion, avec une rémunération au SMIC (avec déduction du coût de l’hébergement) et un temps de travail hebdomadaire de 26h.
Une opportunité de réinsertion durable
Au coeur du dispositif, une activité de maraichage biologique permet aux résidents de réaliser des tâches diverses (semis, entretien, récolte, lavage, stockage, vente). En 2027, un fournil sera mis en activité et permettra d’enrichir les opportunités offertes aux résidents. L’idée d’utiliser la boulangerie comme outil de réinsertion n’est pas nouvelle : plusieurs prisons françaises (notamment Châteaudun (Eure-et-Loir) et Mont-de-Marsan (Landes)) produisent du pain dans leurs murs avec le concours des détenus. La Fédération des Entrepreneurs de Boulangerie (FEB) a accompagné en 2022 la mise en place d’un CQP au coeur des prisons, permettant d’attester des compétences acquises et de les valoriser pleinement. En plus de leur permettre de réaliser une activité riche de sens et en savoir-faire, les former aux métiers du pain et de la gourmandise leur ouvre de nouvelles perspectives. Les forts besoins en main d’oeuvre de la filière peuvent permettre d’envisager un retour à l’emploi rapidement après la sortie du milieu carcéral ou des structures adaptées. Une belle façon de faire vivre la dimension d’ascenseur social qu’incarne la boulangerie de longue date.