Baillardran change de mains
La marque iconique du cannelé - orthographié canelé par l'enseigne dans un souci de différenciation - quitte une période de turbulences et d'incertitudes en étant reprise par Christophe Sevin et Cédric O'Neill. Les deux entrepreneurs entendent redorer le blason de l'enseigne, terni par une décision judiciaire, et relancer son développement.
La bataille entre les deux spécialistes bordelais du cannelé est-elle sur le point d'être relancée ? Face au déclin de Baillardran, La Toque Cuivrée n'avait eu de cesse de se développer et de conquérir le coeur des locaux comme des touristes, au delà même de la cité girondine. Sa recette, basée en partie sur des prix plus attractifs que la concurrence, devra se confronter au "nouveau" Baillardran. Condamnée pour pratiques commerciales trompeuses en 2025 (des produits étaient vendus "frais" alors qu'ils avaient été stockés en froid négatif, notamment), l'entreprise portant le nom de son fondateur avait vu son image grandement dégradée, en plus d'offrir un concept jugé parfois vieillissant par sa clientèle. Depuis, la structure avait été placée en redressement judiciaire. Une procédure utile pour assurer la survie de la marque, qui avait ouvert la voie à une cession à un tiers. Plusieurs repreneurs potentiels s'étaient alors positionnés, dont Mehdi Herz, qui se présentait alors comme un multi-entrepreneur (voir encadré).
Un duo chevronné à la manoeuvre
L'offre déposée par le groupe Bricks, dirigée par Cédric O'Neill, a finalement été validée (et sélectionnée parmi les quatre en lice) par le tribunal de commerce de Bordeaux. L'instance a jugé la proposition "la mieux-disante en termes de pérennité de l'activité et de garanties d'exécution, de sauvegarde de l'emploi et d'apurement du passif", avec la préservation de 11 boutiques sur 16 ainsi que de 67 salariés sur 87. Spécialisée dans l'investissement immobilier et implantée à Montpellier (34), l'entreprise dirigée par Cédric O'Neill réalise ainsi une surprenante diversification, avec l'aide d'un homme ancré depuis plusieurs années dans la filière, en la personne de Christophe Sevin. Après avoir fait carrière dans la téléphonie, ce dernier a un temps oeuvré aux côtés de son cousin Arnaud dans le cadre du développement du groupe Vegas (Saines Saveurs, Sarah Baker, Jean-Luc Pelé, ...). Il a depuis fait le choix de tracer son propre chemin dans l'univers de la gourmandise, en reprenant une partie des boutiques du 48, une enseigne bordelaise jusqu'alors détenue par Vegas, converties depuis à la marque Ki’ski Coffee & Bakery avec un concept hybride. Il aura la responsabilité de gérer au quotidien le fonctionnement du "nouveau Baillardran".
"Reprendre une maison comme Baillardran, c’est donc une grande fierté, mais aussi une vraie responsabilité. Avec Christophe Sevin, notre objectif est clair : préserver cette maison, protéger les équipes, relancer son développement, et redonner à Baillardran toute l’énergie qu’elle mérite.", a déclaré Cédric O'Neill sur le réseau social LinkedIn. "Il y a beaucoup de travail devant nous, mais aussi une très belle histoire à continuer d’écrire. Nous voulons faire rayonner Baillardran à Bordeaux, bien sûr, mais aussi au-delà, avec l’exigence, le respect du produit et l’attachement au territoire que cette marque mérite", ajoute le dirigeant, ce qui ouvre la voie à une nouvelle phase de développement.
Mehdi Herz dans le viseur d'un collectif
Celui qui se présentait un temps comme le sauveur potentiel de Baillardran est désormais décrit comme un homme peu fréquentable, qui aurait à son actif au moins une quinzaine de victimes. Mehdi Herz, originaire des Yvelines, s'était positionné sur le rachat de l'enseigne bordelaise Be My Cookie, avant de s'intéresser aux cannelés. Il a été récemment condamné à deux interdictions de gérer de 5 et 10 ans par le Tribunal des Activités Économiques de Versailles, dont il a fait appel. Surnommé "le faux repreneur de Baillardran" dans la presse quotidienne régionale, le boulanger-pâtissier est désormais dans le viseur d'un collectif visant à rassembler les informations et coordonner les actions.