Comment renforcer les relations entre boulangers et restaurateurs ?

, mis à jour le 07/06/2026 à 22h06
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Pain à la table d'un restaurant

Oeuvrant tous deux dans le secteur de la gastronomie, les métiers de la boulangerie et de la restauration partagent des enjeux et des codes communs... mais leur capacité de dialogue peut demeurer limitée. Pour renforcer ces liens, plusieurs formats se distinguent, avec des initiatives pouvant être mises en oeuvre par chacune des deux filières.

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Les boulangers et les restaurateurs sont-ils devenus de véritables concurrents ? C'est ce que pensent désormais une partie des cuisiniers, qui observent avec une certaine impuissance le développement de l'offre salée dans les vitrines des artisans et réseaux de boulangeries. Si les spécialistes du pain ont pénétré l'univers du snacking, ils ont capté des appétits qui auraient pu, par le passé, s'orienter vers la restauration traditionnelle. La changement des habitudes de consommation n'est cependant pas à imputer aux seuls boulangers, qui ont plus saisi l'opportunité que réellement générée, même si l'effet d'offre (porté par le développement des gammes) ne peut être négligé. Malgré ce constat, la collaboration demeure souvent indispensable pour servir du pain frais sur les tables, à moins de recourir à des solutions industrielles qui peuvent répondre à un besoin dans le cas d'une absence locale de propositions ou de contraintes opérationnelles fortes (horaires, volumes, ...).

Fournir la restauration, un métier à part entière

Livrer les professionnels est une tâche exigeante : gestion de la production, logistique, facturation... La tâche peut s'avérer complexe pour des artisans indépendants, dotés de modestes structures. Elle l'est d'autant plus que les attentes des restaurateurs diffèrent bien souvent de celles des clients "boutique". Petits formats, équilibre avec les plats servis, horaires spécifiques de livraison voire même nécessité d'organiser deux tournées pour offrir la fraicheur nécessaire aux services du soir et du midi... une somme de sujets qui a permis à des spécialistes de s'imposer. A Paris, l'un des plus anciens demeure Jean-Luc Poujauran, dont le fournil de la rue Jean Nicot (Paris 7e) continue de fournir des dizaines de tables avec un pain à l'identité affirmée, aux notes franches de levain.
Il a été depuis rejoint par Frédéric Lalos, dont les deux ateliers situés à Suresnes (92) se sont spécialisés dans la restauration haut de gamme (avec 200 clients, dont 30 étoilés), avec une forte culture du sur-mesure et des petites pièces. L'entreprise, détenue par les fonds d'investissement LT Capital et Rives Croissance et placée sous la direction de Michael Dawidowicz, engage désormais une phase de croissance externe avec l'acquisition récente de La Fleur de Pain, implantée sur le marché de la boulangerie bruxelloise. L'objectif : accélérer le développement de l'entreprise et structurer le marché de la boulangerie B2B haut de gamme, ce qui pourrait donner lieu à d'autres opérations d'acquisition. 

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Frédéric Lalos, Laurent Richard et Michael Dawidowicz

L'arrivée de fonds extérieurs pour structurer le marché

Dans les grandes villes françaises, quelques autres acteurs très locaux sont en effet identifiés pour leur capacité à livrer les professionnels... sans que la structuration de l'offre ne soit encore bien visible. Bun's Baker a tenté de participer à cette aventure en proposant un modèle de franchise, mais le développement de l'entreprise demeure limité, avec trois implantations (Bordeaux, Rennes et Toulouse). Si la prise de contrôle de la Fleur de Pain par Lalos Paris est sans doute l'opération récente la plus visible, le groupe Golocal a mis en oeuvre un projet bien plus conséquent. L'entreprise dirigée par Benjamin Blondeau et Stéphane de Jacquelot possède désormais sept sites de production (Angers, Nantes, Le Mans, Rennes, Tours, Orléans et Diou) et tente de séduire autant la restauration collective que le reste du food service. 

Quand les restaurateurs s'ouvrent à la boulangerie

Si ces entreprises devraient demain être en mesure de mieux répondre aux besoins des restaurateurs, ces derniers tentent également de les satisfaire par eux-mêmes... en ouvrant leurs propres boulangeries. Olivier Nasti (Le Chambard, Kaysersberg), Alexandre Bourdas (SaQuaNa, Honfleur), Angelo Ferrigno (Cibo, Dijon), ... autant de chefs renommés qui se sont lancés dans l'aventure, leur permettant de mieux s'ancrer dans le quotidien des consommateurs. La frontière entre les deux univers est en pleine évolution, avec des incursions au coeur de la carte de ces restaurants. A Paris, la table PanoPano (11e arrondissement) a adopté une approche différente et encore plus hybride, en s'affirmant "restaurant boulanger". Le pain et les brioches s'invitent au coeur des plats, en plus de pouvoir être achetés dans le cadre d'une consommation à domicile.

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La Paris Bread Week a réuni 10 chefs à l'initiative d'Archibald, spécialiste parisien du pain Bio au levain naturel

Des artisans bien décidés à mettre les pieds dans les plats

Cette hybridation entre les deux univers peut également progresser à l'initiative des boulangers. Archibald, enseigne parisienne détenue par Eve Roizen et Louis-Marie Dupuis, a imaginé la "Paris Bread Week", organisée pour la première fois du 8 au 14 juin 2026. 10 adresses ont créé des plats mettant en lumière les qualités du pain au levain naturel pétri dans le fournil de l'entreprise, qui compte dix points de vente dans la capitale. Gnocchis de pain, petits pois au beurre ail des ours et siphon sésame chez LAVA, oeuf parfait sur pain toasté et chapelure de pain chez Cagnard, ajo blanco et aubergine panée au pain chez L'Hommage, ou encore glace au pain toasté et tuiles caramélisées chez Cena... autant de propositions raffinées qui démontrent tout l'intérêt d'un dialogue renforcé entre boulangers et restaurateurs.

Rémi Héluin, Rédacteur en chef du magazine Zepros Boul-Pat
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