Les boulangers sortent du pétrin et imaginent leurs propres outils 100 % dématérialisés
La diversité des organisations et des réalités terrain rend parfois les solutions digitales peu adaptées aux besoins des boulangers. Face à la relative rigidité de certains outils, certains chefs d’entreprise entendent façonner leurs propres solutions… allant jusqu’à les proposer à leurs confrères pour les plus audacieux d’entre eux.
L’intelligence artificielle est-elle en train d’ouvrir aux boulangers les portes de la conception de logiciels ? C’est en tout cas la conviction de quelques professionnels particulièrement technophiles, à l’image de Jean-François Bandet. Le dynamique co-fondateur de l’enseigne BO&MIE partage sur le réseau social LinkedIn les étapes d’un projet singulier : bâtir son propre ERP (Enterprise resource planning) à l’aide d’outils d’intelligence artificielle. Véritable colonne vertébrale d’une entreprise disposant de plusieurs points de vente et de production, l’ERP doit permettre à la structure de coordonner l’ensemble de ses fonctions, de la production à la vente en passant par la comptabilité, les ressources humaines ou encore les flux entre sites. Seulement, ces solutions étaient jusqu’alors souvent jugées coûteuses et peu adaptées aux besoins réels de petites entreprises.
Opportunité ou danger ?
Avec 1 000 € de licences, 4 semaines-homme et la mobilisation de trois outils (Lovable, Claude Code et GitHub), le dirigeant est parvenu à déployer une solution désormais utilisée au quotidien par sept magasins et un laboratoire. « Pour une PME en croissance, la vraie question n'est plus nécessairement de choisir un éditeur. C'est : doit-on encore adapter son entreprise à un logiciel, ou peut-on enfin construire un logiciel adapté à son entreprise ? », résumait Jean-François Bandet dans l’une de ses récentes publications. Une réflexion légitime, auxquelles les réponses à apporter sont bien moins évidentes qu’il n’y paraît. « Le développement de l’IA est aussi positif que stimulant. Elle permet d’accélérer dans la conception de prototypes, et nous l’expérimentons dans nos équipes, avec une vraie réflexion sur le rôle et la gestion des collaborateurs. Néanmoins, concevoir des logiciels est un métier : la mise au point d’outils robustes, bien conçus et aptes à passer à l’échelle est complexe et nécessite une vraie connaissance technique. A une époque où le logiciel est devenu une commodité, on ne rend plus compte des compétences et budgets nécessaires pour assurer la maintenance et l’activité de recherche et développement », analyse Brice Konda, cofondateur d’Inpulse.
La prometteuse association entre boulangers et développeurs
Sans renoncer à la personnalisation et à la compréhension des besoins métier, certains misent sur une tout autre approche pour développer des outils digitaux spécifiques aux boulangers. C’est le cas de Yves le Signor, qui s’est associé avec Nicolas Raynaud pour fonder Paniscope. Les deux amis d’enfance, respectivement artisan boulanger et développeur d’applications, ont uni leurs compétences pour créer une solution particulièrement adaptée aux artisans gérant des sujets de logistique et de production multi-sites. « J’ai toujours cherché à concevoir des applications avec les gens qui les utilisent. Nous sommes partis de l’organisation développée par Yves dans son entreprise, basée sur des tableurs Excel qui géraient des fichiers de recettes, de fabrication et de commande. J’ai capitalisé sur son expérience, son savoir-faire et son jargon. Cela a permis d’obtenir un outil aussi personnalisé qu’efficace, sans fonctionnalité inutile », témoigne le développeur. Calcul des quantités de levain à préparer, répartition des pétrissages entre les équipements, organisation des tournées de livraison, interface de commande en ligne pour les clients professionnels, gestion des factures et même des quantités de farine utilisées (ce qui permet de répondre aux exigences des audits en Agriculture Biologique)… Paniscope est un outil aussi riche, souverain (conçu et hébergé en France), ouvert (avec des interconnexions possibles sur les systèmes d’encaissement, de comptabilité, …) qu’adaptable en fonction des besoins de chacun. En plus d’être déployée dans les boulangeries Le Signor, elle a d’ores et déjà été adoptée par des professionnels aguerris tels que Agathe Simonnot et Cédric Alibert (Antoinette, Lyon), Stéphane Chauvard (Le Pain d’ici, 4 boutiques dans les Landes), ou encore Arnaud Gouya (Fleur de Levain, Saint-Coulomb - 35)… avec pour chacun plusieurs heures gagnées chaque jour. Rapprocher les boulangers des développeurs pourrait bien permettre de les sortir du pétrin.