Le digital et les boulangers, au pays des comptes de fées

, mis à jour le 14/08/2026 à 05h33
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La boulangerie, ça compte.

La relation qu’entretiennent les boulangers avec les outils numériques a définitivement perdu son caractère rugueux et conflictuel. Grâce aux efforts conjugués des éditeurs de logiciel et des partenaires clé de la filière, les fournils, boutiques et bureaux ont rejoint un écosystème connecté où les données transitent de façon fluide. Une réussite qui facilite le quotidien des équipes terrain, mais nécessite encore d’être consolidée tout en parvenant à intégrer de nouvelles technologies, à l’image de l’incontournable intelligence artificielle. 

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Qui aurait pu prédire que les artisans du pain, ancrés dans des traditions pluri-séculaires, auraient si vite transformé leur quotidien pour y intégrer ordinateurs, smartphones, tablettes et autres objets connectés ? En réalité, ils ne font que suivre l’évolution globale de la société… en plus d’être soumis à la nécessité de gagner rapidement en efficacité. Tout a débuté avec les systèmes d’encaissement, devenus de véritables partenaires de la gestion des entreprises de boulangerie grâce à leurs multiples fonctionnalités (prise de commande, gestion de la facturation, stocks, …). Les éditeurs ont réalisé d’importants efforts pour rendre leurs solutions accessibles au plus grand nombre. « Parfois les boulangers ont encore des à priori sur la technologie, qui pourrait être mal adoptée par leur personnel. Cela nous a poussés à simplifier au maximum l’utilisation de nos solutions, avec une ergonomie permettant une prise en main y compris par les technophobes », témoigne Benjamin Dejoie, chargé d’affaires chez ePackPro.

Un écosystème en plein développement

L’arrivée de nouveaux profils a également facilité la transformation numérique des structures, avec notamment des reconvertis et entrepreneurs à la sensibilité accrue sur les sujets de gestion. « Nos premiers clients ont rapidement gagné 1 à 5% de marge grâce à notre solution. Cela a permis d’attirer rapidement d’autres professionnels », se souvient Brice Konda, co-fondateur d’Inpulse. La solution de prévision de ventes, de centralisation des commandes fournisseurs et de gestion de stock, enrichie à l’intelligence artificielle, incarne une nouvelle génération de briques logicielles - souvent proposées en SaaS (software as a service, des outils entièrement exécutés à distance et plus facilement déplorables) - qui viennent s’interconnecter pour former un écosystème toujours plus puissant. Programme de fidélité, hygiène, gestion des ressources humaines, planification de la production… autant de sujets pouvant désormais être gérés de façon fluide. « Beaucoup de tâches liées à la gestion de stock ou de la production étaient gérées de façon manuelle. Dès la création d’Inpulse, en 2018, nous avons été à la rencontre des acteurs du milieu de la restauration et de la boulangerie pour comprendre leurs besoins et développer des outils permettant d’améliorer leur fonctionnement », confirme Brice Konda, qui a mis en oeuvre les compétences acquises au sein de l’école Centrale Paris au service de filières profondément ancrées dans le quotidien des France. La capacité à mobiliser des solutions performantes est devenue stratégique pour les réseaux de boulangerie et enseignes nationales, qui cherchent à piloter finement leurs activités, et donc leurs résultats. Brioche Dorée est ainsi parvenu à déployer l’outil Inpulse en seulement cinq semaines sur l’ensemble de son parc, ce qui témoigne d’une forte capacité à mener de tels projets et le déploiement progressif d’une nouvelle culture à l’échelle de l’industrie que représente le secteur de la boulangerie-viennoiserie-pâtisserie : nous entrons en effet dans l’ère de la donnée, qui ne laisse plus de place à l’improvisation, à l’empirisme ou aux solutions de court-terme. Chaque produit fabriqué, chaque vente, chaque matière première entrée ou sortie, … tout peut être quantifié, analysé puis optimisé.

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Le digital fait désormais partie intégrante du quotidien des équipes d’une boulangerie. 

Une révolution à mener sur tous les fronts

Les équipementiers qui accompagnent de longue date la filière ont pris la pleine mesure de cette transition, développant eux aussi des équipements plus connectés, comme le font MERAND ou Bongard. Si ces transformations parviennent à pénétrer les fournils et bureaux, l’expérience client semble être encore la grande oubliée de cette révolution qui n’en a pas fini de compter. La puissance du marketing digital, ouvrant la voie à des campagnes personnalisées en fonction de la précieuse donnée pouvant être récoltée lors des contacts avec le client, demeure bien peu exploitée : nombre de boulangeries utilisent encore des cartes physiques et des tampons en guide de programme de fidélité… rendant le dispositif particulièrement peu rentable pour les entreprises, ces dernières faisant preuve de générosité sans bénéficier de réelles contreparties. Les bornes de commande n’ont pas non plus pénétré le secteur de la boulangerie, alors qu’elles répondent désormais à des codes bien ancrés dans les habitudes du public. Outre-Atlantique, des études démontrent la montée en puissance d’un modèle où les individus préfèrent se tourner vers un écran plutôt que de s’ouvrir à un échange en face-à-face. Entre 2000 et 2024, sur le territoire américain, le temps moyen dévolu aux aux interactions sociales aurait diminué de l’ordre de 20%. Une donnée qui atteindrait même 40% chez les adolescents. La période Covid-19 a accéléré le délitement du lien social, au travers des confinements à répétition. Pour les spécialistes des solutions digitales, cela représente une opportunité… autant qu’un défi, car il faudra parvenir à créer de nouveaux parcours de vente, autant que lever les nombreuses objections à de tels déploiements. Le conte de fées entre le digital et les boulangers pourrait donc n’en être qu’à ses premières pages.

Rémi Héluin, Rédacteur en chef du magazine Zepros Boul-Pat
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