La boulangerie résiste partiellement à la désertification rurale
Face à la crainte de voir disparaître la boulangerie du village, des milliers d'entrepreneurs se mobilisent partout dans le territoire pour continuer à faire vivre le savoir-faire autour de la fermentaiton. Le récent Baromètre ISM-MAAF, qui rassemble les chiffres du maillage territorial de l’artisanat, dresse un portrait contrasté mais précieux de la situation au sein des territoires.
L'artisanat s'impose comme un rempart face au risque de désertification des territoires. C'est le constat dressé par la nouvelle édition du baromètre réalisé par l'Institut Supérieur des Métiers pour le compte de la MAAF : entre 2019 et 2024, le nombre d'entreprises artisanales s'est développé de 22 %, atteignant le nombre de 1 521 000, alors même que la population n'augmentait que de 2 % sur le même intervalle. Ces données positives cachent cependant des disparités notables entre les territoires et les typologies d'activité. A contre-courant des idées reçues, c'est au sein des communes rurales que la progression est la plus forte (+ 24 %), suivies de près par les petites villes (+ 23 %). Cependant, on observe un clivage net entre le Nord et le Sud de la France. La densité d'activité artisanale est particulièrement forte en Corse du Sud (41 entreprises pour 1 000 habitants), dans les Alpes-Maritimes ou encore en Haute-Corse... alors que plusieurs départements du Nord, comme les Hauts-de-France, sont aux environs des 15 structures pour 1 000 habitants (sur la base des données INSEE de 2023).
Le commerce alimentaire en demi-teinte
Même si plusieurs activités profondément ancrées dans le quotidien des Français affichent de belles progressions (les spécialistes de l'habitat en tête, comme les maçons, plombiers et menuisiers), le secteur alimentaire stagne ou recule. "Partout, des communes rurales aux grandes métropoles, les artisans sont plus nombreux et confortent leur rôle de service de proximité essentiel à la population. Ces résultats ne doivent toutefois pas faire oublier la fragilité de certains métiers, à l’image de la boucherie-charcuterie dont le nombre d’entreprises actives diminue", note Anne-Sophie Prissé, Directrice Marketing et Communication MAAF. La part de communes couvertes par les bouchers-charcutiers passe en effet de 21 à 21 %, tandis qu'elle est stable pour les poissonniers (4 %) et les boulangers-pâtissiers (37 %). Pour ces derniers, ce résultat cache une dynamique de redéploiement... et de transformation. 1 260 communes ont retrouvé un commerce spécialisé dans le pain et les délices sucrés entre 2019 et 2024, mais 1 310 l’ont perdu. La statistique ne prend pas en compte le format de boulangerie, et l'apparition d'entreprises de grande taille peut venir remplacer le schéma traditionnel dans de nombreux territoires.