Le panettone poursuit son ascension au delà des Alpes
Autrefois perçu comme produit plutôt sec et dévolu aux industriels, le panettone connaît en France un engouement sans précédent. Porté par une poignée de passionnés et adopté par les plus grands noms de la boulangerie et de la pâtisserie, ce gâteau au levain naturel parvient progressivement à s'installer durablement dans les boutiques artisanales. Entre savoir-faire et faire-savoir, ce mouvement rebat les cartes de l'offre en viennoiserie et bien au delà.
Le panettone a opéré une métamorphose spectaculaire en France au cours de la dernière décennie. Sous l'impulsion de pionniers comme Christophe Louie, ancien pâtissier tombé amoureux des fermentations naturelles, la vision de cette spécialité s'est métamorphosée. En consacrant une grande partie de son temps et de son laboratoire au produit, Christophe Louie a démontré qu'un sourcing ultra-exigeant - entre agrumes confits d'exception, beurre d'alpage et farine sélectionnée - associé à une maîtrise parfaite du levain de panettone permettait d'aboutir à un produit d'exception, à la texture unique. L'enthousiasme a rapidement gagné le reste de la filière. Des figures majeures de la profession, à l'image de Joël Schwalbach, Meilleur Ouvrier de France Boulanger, ont intégré le panettone à leur offre, transformant la perception d'une viennoiserie considérée à tort comme sèche en une véritable pièce d'orfèvrerie boulangère. Désormais, le produit ne se cantonne plus aux seuls réveillons de Noël et du Nouvel An : il se décline au fil des saisons, parfois sous des variantes estivales ou chocolatées, et s'impose dans les habitudes des consommation.
Levain et technicité : l'école de la rigueur
La fascination des artisans français pour le panettone s'explique en grande partie par sa complexité de fabrication, souvent qualifiée de « Graal » par les spécialistes de la fermentation. La réussite d'un panettone repose sur un équilibre parfait entre les composantes du levain, nécessitant une grande rigueur dans les rafraichis du levain et son maintien à température et humidité contrôlées. Pour répondre à cette quête de maîtrise, des organismes de formation comme l'École Internationale de Boulangerie (EIB) jouent un rôle moteur. À travers des cursus spécialisés, l'école transmet les secrets de la fermentation longue, du travail de la pasta madre immergée ou liée, ainsi que le diagramme d'incorporation progressive des matières grasses et des jaunes d'œufs. Cette montée en compétences collective est également stimulée par l'émergence de concours prestigieux, tels que le Championnat du Monde du Panettone (Panettone World Championship) ou le concours du Meilleure Panettone de France. Ces compétitions agissent comme de véritables accélérateurs de savoir-faire et de visibilité pour la démarche entretenue par les artisans.
Un nouvel incontournable des grands noms de la pâtisserie
Preuve supplémentaire de son ancrage durable dans le paysage gourmand, le panettone a franchi les portes des maisons de haute pâtisserie. Désormais au catalogue des plus grandes signatures, comme Pierre Hermé qui le réinvente chaque saison avec des associations inédites de fruits confits et de chocolats pures origines, la référence semble désormais incontournable. Pour les artisans boulangers et pâtissiers, la fabrication du panettone représente un levier de différenciation exceptionnel : il permet de mettre en avant la maîtrise des fermentations naturelles, de justifier un positionnement haut de gamme et d'offrir une alternative aux produits de faible conservation. En réconciliant patience, science du levain et haute gourmandise, le panettone est devenu bien plus qu'une mode passagère, mais une opportunité de poursuivre la mutation de la filière en valorisant le savoir-faire de chacun.